Interview El Pais Uruguay

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Bonjour ! Retrouvez l’interview traduite de Tini pour El Pais Uruguay :

En 2022, tu as marqué l’histoire en devenant la deuxième femme à remplir le Centenario, après Mercedes Sosa. Que ressens-tu de faire partie d’un moment historique ?
— On vient justement de me demander avec quel artiste argentin disparu j’aurais aimé faire une chanson, et j’ai répondu : Mercedes. C’est parfois difficile de le comprendre pleinement et de prendre conscience de l’ampleur de ce genre de choses. De même, réaliser ce qu’a été Futttura, ces neuf concerts et la quantité de personnes qui sont venues, comme à chaque tournée. Monter sur scène et voir qu’il y a des gens qui font tant d’efforts pour être là, c’est quelque chose dont on ne mesure pas toujours toute la dimension. Mais me souvenir du rêve de cette petite fille et me voir en train de l’accomplir, c’est aussi très émouvant.

Que représente l’Uruguay dans ta vie et dans ton histoire ?
— Depuis Violetta, ça a toujours été un pays qui m’a accueillie à bras ouverts et qui m’a beaucoup soutenue. Après la série aussi, en tant qu’artiste solo, à chaque étape que j’ai franchie, à chaque album, à chaque chanson, à chaque concert. C’est aussi très proche de chez moi, donc c’est un endroit où je suis même allée en vacances, pour être avec mes amis. Je me sens très proche de chez moi et j’adore ça.

Depuis ta dernière venue, en 2022, même si seulement quatre ans ont passé, il s’est passé beaucoup de choses. Tu reviens maintenant avec Futttura, un show qui retrace une carrière connue par des millions de personnes. Comment se sont déroulés les premiers concerts en Argentine ?
— Il s’est passé plein de choses, parce que la météo n’a pas aidé. J’étais très frustrée, parce que, techniquement parlant, c’est un spectacle extrêmement complexe. Il y avait plus de 40 personnes sur scène, donc il y avait le risque qu’avec la pluie quelqu’un glisse ou qu’un danseur se blesse. Le public était mouillé, il faisait froid, mais au-delà de tout ça, c’était incroyable. C’était un énorme défi de proposer un show qui se déroule sur trois scènes différentes, de me déplacer de l’une à l’autre, de raconter une histoire différente sur chacune d’elles, et que le public ne décroche jamais et reste jusqu’au tout dernier moment, pendant trois heures de spectacle — c’était incroyable. Je crois que ça a été le spectacle le plus spécial de toute ma vie. En même temps, j’ai parcouru, d’une certaine façon, toutes les étapes de ma carrière, et le raconter depuis la personne que je suis aujourd’hui, c’était magique.

Et comment ça a été de revenir à ces premières chansons de Violetta et d’essayer de te reconnecter à ce moment si adolescent de ta vie ?
— Pendant les quatre mois précédents, avec les répétitions vocales et avec les danseurs, je n’arrivais pas à les chanter. Je me mettais à pleurer en chantant Violetta et je me disais : « Ouf, est-ce que je vais y arriver quand j’entendrai le public les chanter ? » Et après avoir tant pleuré pendant les répétitions, j’ai réussi à les chanter en live. Il s’est passé quelque chose de vraiment magique avec l’arrivée de Jorge (Blanco) et Mechi (Mercedes Lambre), qui m’ont accompagnée sur des chansons emblématiques de Violetta. C’est comme serrer très fort dans ses bras cette petite fille que j’étais, se souvenir de tant de moments, se rappeler des choses que j’avais oubliées. Tout m’a énormément bouleversée.

Tes concerts de Futttura ont eu des invités, peut-on déjà dévoiler quelque chose pour l’Uruguay ?
— Il y aura sûrement des surprises, mais je ne peux pas en dire beaucoup plus.

Comme tu le disais, les concerts en Argentine avaient trois scènes, est-ce qu’en Uruguay il n’y aura que la principale ?
— En tournée, trois scènes ne tiennent nulle part. On l’a fait à Tecnópolis et on a beaucoup réfléchi à la scène principale, qui est celle avec laquelle on voyage. C’est une folie, et je n’arrive pas à croire que j’ai l’opportunité de partir en tournée avec cette scène, avec toute mon équipe, et de proposer ce show. La manière dont les trois univers ont été intégrés dans cette seule scène est impressionnante, parce qu’elle se transforme en permanence. Ça a aussi été un très beau travail d’expérimentation, donc tout ça va être très intéressant.

Après presque 20 ans d’exposition médiatique, t’es-tu déjà retrouvée face à quelqu’un qui ne sait pas qui tu es ? Aimes-tu aller dans des endroits où on ne te connaît pas ? Est-ce que cet endroit existe ?
— Oui, carrément. Ça arrive parfois.

C’est agréable de passer inaperçue un moment, non ?
— Oui, franchement oui. Mais ce n’est pas comme si j’arrêtais de faire des choses. Disons que j’ai envie de monter sur une table pour danser et chanter. Et tout à coup, je serais un peu gênée s’il y avait plein de gens en train de filmer. Mais il m’arrive de croiser des gens qui n’ont aucune idée de qui je suis, et tout va bien.

Futttura arrive après Un mechón de pelo, un album où tu t’es montrée comme jamais auparavant. À quel moment as-tu cessé de sentir que tu devais prouver quelque chose et commencé à choisir ton propre chemin ?
— Je crois que ça s’est fait inconsciemment à ce moment-là, parce que j’étais encore en plein processus. J’avais simplement besoin d’être honnête avec les gens qui m’écoutent, avec ceux qui paient une place pour venir me voir, et de dire : « Je ne peux pas continuer à faire comme si tout allait bien, voilà ce que je suis en train de vivre. » Ensuite, j’ai compris que j’avais besoin de temps et que je ne pouvais pas continuer à fonctionner comme une machine sans prendre soin de moi, sans — comme je le dis — commencer par poser des limites.
Et je crois qu’aujourd’hui, je suis à ce moment de ma vie où j’ai compris pourquoi tout ça m’est arrivé, où j’ai trouvé des outils, où je continue à me questionner, à choisir, à comprendre mes limites. Il y a beaucoup de choses que je suis aujourd’hui, mais ça a pris du temps. Et je pense que c’est pareil pour tout le monde, notamment en ce qui concerne la santé mentale. On en parle beaucoup plus aujourd’hui, et c’est bien que ça cesse d’être un tabou. Comprendre qu’aller voir un psychologue, c’est super, que si l’aide d’un psychiatre est nécessaire, c’est aussi très bien, que ça fait partie de la vie. Chacun a ses moments, personne n’est seul dans ce qu’il ressent, et il y aura toujours quelqu’un pour t’aimer et t’aider. La peur de ne pas en parler peut parfois t’emmener vers des endroits qui ne sont pas bons, c’est pourquoi il est important d’en parler naturellement et de comprendre que ça fait partie de la vie.

Et musicalement, qu’est-ce qui arrive pour la suite ? Après avoir chanté avec Coldplay, comment on dépasse ça ?
— Je suis dans deux processus différents : en train d’écrire un nouvel album, en plus de celui qui est déjà prêt mais qui n’est pas encore sorti, et qui arrive avec plein de surprises — ça m’enthousiasme énormément. En réalité, j’ai déjà tout construit et réfléchi pour le prochain album ; j’ai déjà commencé ce chemin pour me retrouver musicalement et, dans cette recherche, différentes choses vont arriver, comme je suis moi-même. Tu vas à Futttura et aucune chanson ne ressemble à une autre, aucun bloc ne ressemble à un autre, aucune transition n’est identique. Les costumes, mes outfits, le maquillage, le changement permanent — pour moi, c’est nécessaire dans ma vie, ça fait partie de ma transformation. Et musicalement, ce sera sûrement ça aussi.

Je suis venue avec un T-shirt à l’effigie de Medusa parce que j’ai l’impression d’interviewer un mythe, une légende. Alors je voulais te demander : quand les lumières s’éteignent, quelles sont les choses simples qui te soutiennent aujourd’hui ?
— Waouh, tu m’as fait pleurer. Ça m’a énormément émue ce que tu viens de dire. Je ne sais pas… parfois c’est difficile de se voir de l’extérieur et de comprendre qu’il y a autant de gens qui t’aiment et qui vont payer une place pour venir te voir, c’est fou. Parfois tu prends vraiment conscience et tu te dis : « Je suis debout sur scène, il y a plein de gens qui se connectent avec ce que je fais et je suis aussi en train de réaliser mon rêve. » Et voir les gens autour de moi réaliser les leurs — chaque danseur, chaque musicien, ma chorégraphe de toujours, mon équipe qui m’accompagne — ça ne cesse de me surprendre, vraiment. J’ai fait tout mon possible pour ne pas pleurer parce que je suis très émotive.

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